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(AP) Le projet de constitution européenne a été massivement rejetté par les électeurs français, avec 55% de "Non" et un fort taux de participation (70%). Selon un sondage IPSOS, les jeunes, les ouvriers et les chômeurs ont davantage voté "non" que les femmes, les retraités, les cadres ou les professions libérales, et les hommes ont davatage voté Non que les femmes. Les hommes ont voté à 57% contre la Constitution européenne, tandis que les femmes ne l'ont rejetée qu'à 53%. Score du Non par classe d'âge: 18-24 ans: 59% 25-34 ans: 56% 35-44 ans: 59% 45-59 ans: 60% 60-69 ans: 45 % + de 70 ans: 41 % Score du Non par activité professionelle: ouvriers: 70% employés: 67% chômeurs: 67% agriculteurs: 61% professions intermédiaires: 54% travailleurs indépendants: 53% artisans et commerçants: 49 % retraités: 45% professions libérales: 35 % Ce sondage a été réalisé à la sortie des bureaux de vote par IPSOS auprès de 3.355 personnes constituant un échantillon représentatif de la population française inscrite sur les listes électorales.
(AP)
Au
lendemain de la victoire du "non" au
référendum sur la Constitution
européenne, la secrétaire nationale du PCF
Marie-George Buffet a prévenu que la gauche devra se
"rassembler" sur un projet "profondément
antilibéral", dont elle a souhaité qu'il soit
élaboré par les citoyens eux-mêmes lors
d'un "grand débat populaire"."Il faut que la gauche travaille sur un projet politique et elle ne peut le faire qu'en entendant ce qu'ont dit les électeurs de gauche, c'est-à-dire vraiment une gauche qui rompt avec les politiques libérales", a-t-elle plaidé sur France-Info. Les Français ont dit "'non' à des politiques libérales menées en pleine complicité entre la France et l'Europe" et "la gauche peut apporter une réponse si elle entend cela", a-t-elle ajouté sur France-Inter. Pour élaborer ce projet, la patronne du PCF a de nouveau proposé d'organiser des forums citoyens "dès cette semaine" dans "chaque commune". "Les Français ont décidé de reprendre la politique entre leurs mains", a-t-elle souligné. "Il ne faut surtout pas les dessaisir de leur choix, et donc c'est pourquoi nous proposons que ce soit avec les citoyens que nous élaborions un projet, une alternative à gauche". La dirigeante communiste a par ailleurs critiqué les personnalités les plus souvent citées pour remplacer Jean-Pierre Raffarin à Matignon. La nomination de Nicolas Sarkozy serait "vraiment la réponse la plus provocatrice qui soit" et celle de Dominique de Villepin reviendrait à mettre en place un gouvernement "Raffarin bis", a-t-elle dit. "Ce n'est pas ça que les Français attendent. Ils attendent qu'on stoppe les politiques mises en place" et "qu'on arrête les politiques libérales", a-t-elle expliqué.
(AFP)
Après
la large victoire du non au référendum, le
président de l'UMP Nicolas Sarkozy a
déclaré à la télévision
que "en disant non, les Français nous appellent
à des remises en cause profondes, rapides,
vigoureuses. Les Français nous pressent d'en finir
avec nos immobilismes, avec nos frilosités, avec tout
simplement nos habitudes pour faire bouger le pays et le
remettre en mouvement sans tarder", a estimé M.
Sarkozy."Il nous faut décider un programme d'actions innovants, courageux ambitieux. Cela suppose un tournant majeur dans nos politiques économiques et sociales. (...) Le plein emploi n'est pas un objectif inaccessible. Il nous faut revoir en profondeur nos modes d'actions politiques, et (...), savoir remettre en question ce qui ne marche pas ou plus", a-t-il poursuivi. "Clairement, par l'ampleur de leur vote, les Français nous ont dit aussi leur volonté de vivre mieux, leurs craintes devant un chômage devenu inéluctable. Il faut rendre à notre modèle social la réalité qu'il a perdu", a encore dit M. Sarkozy, une semaine après avoir déclaré qu'«avec 3 millions de chômeurs, on ne pouvait plus parler de modèle social français»...
(AP)
Le
président de l'UDF (centre-droite) François
Bayrou, a estimé que le rejet de la Constitution
européenne "sanctionne une gravissime crise
française"."La crise de confiance a gonflé, elle est devenue un raz-de-marée, une vague de fond, elle sanctionne tous les partis de gouvernement après les avoir sanctionnés l'un après l'autre", a-t-il déclaré. En exprimant sa "tristesse" d'avoir vu la France voter Non, M. Bayrou a affirmé que "le non français va évidemment peser lourd devant les autres peuples". "La question d'un changement de gouvernement en termes de personnes n'est pas à l'échelle de ce qui vient de se passer", a-t-il également souligné, avant de demander au président de la République "d'organiser la consultation nécessaire, la confrontation des forces vives pour aider notre pays à sortir de sa crise". "Ce dont nous avons besoin, c'est d'une refondation de la République et de la démocratie française", a-t-il ajouté.
![]() (IRIS)
Les
observateurs les plus attentifs de la vie internationale
avaient déjà mis l'accent sur le poids de
l'opinion publique dans la détermination de la
politique étrangère d'un pays. La diplomatie
n'est plus l'apanage des professionnels.Les Français qui se sont massivement exprimés pour le "Non" au référendum sur la constitution européenne viennent de le confirmer. Ils se sont exprimés clairement et en connaissance de cause. Avec 55% de "Non", il n'y a aucune ambiguïté. Les arguments en faveur du "Oui" ou du "Non" ont été largement échangés depuis plusieurs semaines. Des milliers de débats ont eu lieu à travers tout le pays, suivis par un public bien plus nombreux qu'au cours des dernières campagnes électorales. Tous les médias ont consacré une large place aux enjeux du scrutin. Les livres portant sur le traité, soit de façon pédagogique, soit de façon engagée, qu'il s'agisse du "Oui" ou du "Non", sont apparus dans les premières places dans la liste des meilleures ventes. Ce "Non" des Français est donc un "Non" conscient et ne résulte pas d'un mouvement d'humeur. Alors que 90% des parlementaires étaient favorables au "Oui", que la très grande majorité des éditorialistes et des journaux ont milité activement pour le « oui », c'est un véritable camouflet que le peuple français a envoyé à ses élites. C'est à l'inverse, le triomphe d'associations, de mouvements citoyens, ou encore de réseaux sur internet. La France jusqu'ici pionnière de la construction européenne va être soumise à un examen critique de son rôle, de sa politique, et de son poids. Nul doute que de Washington à Londres, tous ceux qu'agace la politique étrangère française, vont en profiter pour mettre en avant l'incohérence de la France qui refuse un traité porté sur les fonds baptismaux par un Français, l'ancien Président Giscard d'Estaing. Cela rappelle d'ailleurs l'épisode de la CED de 1954 où la France avait rejeté un traité sur l'Europe de la Défense dont elle était à l'initiative. On va beaucoup parler d'une France qui doute, d'une France en crise d'identité et en perte de vitesse, qui ne joue plus le rôle moteur auquel elle avait habitué l'Europe. Mais ce vote peut également être considéré comme une rupture re-fondatrice. A condition de fédérer avec des forces politiques dans les autres pays européens, à condition de sortir de l'ambiguïté du « non » où se sont rejoints l'extrême droite et l'extrême gauche, le « non »peut être un « non » fondateur d'une France qui reprend l'initiative même si ce n'est pas là où on l'attendait. Si les responsables Français ont perdu en crédibilité, le peuple français a beaucoup gagné sur ce plan. Il y a une nouvelle légitimité et exemplarité du mouvement associatif français; s'il démontre que, contrairement à ce que prétendent ses adversaires, il ne se contente pas de s'opposer, il peut aussi proposer. Le vote du 29 mai, loin de constituer le terme d'une problématique européenne, peut au contraire être le signe d'un nouveau départ. C'est après tout de l'échec de la CED qu'est né la CEE dans les années 50. Mais pour être salutaire, un choc doit être suivi par de nombreuses propositions et initiatives. Pascal Boniface Directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), auteur de "Vers la 4ème guerre mondiale?" paru chez Armand Colin |
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(AFP) Le non au référendum sur la Constitution européenne a constitué une sorte de "désaveu" des médias dominants, et particulièrement de la presse parisienne très favorable au "oui", selon des observateurs des médias. Henri Maler, co-animateur de l'association d'études des médias "Acrimed" et maître de conférence à Paris VIII, estime sur le site internet de l'organisation que "les médias dominants sont partie prenante de la crise politique et sociale qu'ils prétendent observer". Il parle "d'arrogance", terme également utilisé par Dominique Wolton, directeur de recherche au CNRS, à propos de la presse nationale. "Le public attend de la part des journalistes beaucoup plus de modestie, surtout sur un chantier aussi compliqué que l'Europe" a-t-il déclaré à l'AFP. M. Wolton évoque une "collusion entre les élites de la presse écrite et les élites (politiques et économiques), avec un effet boomerang". "Les journalistes de presse écrite se retrouvent aussi dans les médias audiovisuels, ce qui pose un problème de pluralisme (...) Ils veulent bien utiliser la communication mais ne veulent pas réfléchir dessus". L'auteur de "Il faut sauver la communication" parle d'un "effet bocal" à propos de ce "rapprochement des élites de la presse écrite et des élites". "Les élites médiatiques ont une responsabilité. Leur problème c'est quand même d'être à l'écoute de la société, surtout quand on est au sommet de la hiérarchie (...) On retrouve les mêmes partout". Il faudra desserrer l'étau de connivence des médias et des dirigeants" alors que la "concentration de (l'industrie de) la communication accentue ce tropisme", selon le chercheur, pour qui il "faudra garantir juridiquement la liberté de la presse". Le directeur de la publication de Libération, Serge July, ouvertement favorable au "oui", reconnaît dans un éditorial que le non au référendum sanctionne aussi les "élites", dont "les médias sans exception". Mais il nie le bien-fondé d'un tel procès, ne voyant dans le résultat du référendum qu'un "désastre général et une épidémie de populisme".
(AFP)
Le
journal Libération publie des réactions de
lecteurs à un éditorial de Serge July
publié le 30 Mai au sujet de la victoire du "non" au
référendum sur la Constitution
européenne et intitulé "Chef d'oeuvre
masochiste".Les lecteurs du journal Libération ont vivement réagiréagissent à un éditorial de Serge July publié le 30 Mai. Intitulé "Chef d'oeuvre masochiste", l'éditorail de Serge July qualifiait notamment la victoire du Non "d'épidémie de populisme" et de "xénophobie". "Je ne vous permets pas de résumer mon vote à la caricature que vous en faites", écrit un lecteur de 28 ans (...). Une constitution doit être neutre et permettre à la démocratie, sur des règles qu'elle définit, de s'exprimer. Donner les règles du jeu et rien de plus", estime-t-il. "J'ai refusé ce texte, j'ai usé de mon droit de dire Non, et vous, qui êtes habituellement un esprit plutôt éclairé, vous me refusez ce droit en considérant que j'aurais été abusé ou instrumentalisé. C'est faire bien peu de cas de la capacité de vos lecteurs à avoir une réflexion libre", regrette un autre lecteur. Un autre renchérit: "que vous soyez partisan du oui et ayez fait campagne est tout à fait votre droit. Mais que vous injuriiez la majorité des électeurs, et, dans le même temps, la majorité de vos lecteurs montre simplement à quel point vous perdez tout sens de la démocratie".
(AFP)
Les
trois lettres du "non" français s'étalent
à la Une de tous les quotidiens. Selon la presse
française, les 55% obtenus par le "non" sont un
échec cinglant en forme de séisme pour le
président Jacques Chirac et la classe politique."Bien évidemment, ce vote est un séisme", écrit François-Xavier Pietri dans le quotidien économique La Tribune, et "sur le plan de la politique intérieure d'abord", car "à Jacques Chirac, le pays rappelle brutalement qu'il n'a pas été entendu lors des précédentes consultations, qu'il s'agisse des régionales ou des européennes l'an dernier". Pour Le Figaro, "les Français ont pris conscience de leur vrai pouvoir, celui d'infléchir le sens de la construction européenne et d'orienter, à travers leur choix, le destin de 450 millions de citoyens". Jean-François Montemont, dans Le Courrier Picard, parle d'une "gifle infligée à une classe politique qui avait oublié sa véritable légitimité". Elle ne peut "qu'obliger le chef de l'État à de radicales révisions. Il ne peut se permettre de poser un quelconque cataplasme sur une jambe de bois". Dans La Provence, Gilles Dauxerre enfonce le clou: "ce Non signifie quelque part « changez tout ». Changez cette Europe trop lointaine et trop technocratique Changez cette manière de faire de la politique déconnectée des réalités quotidiennes". "Chirac doit-il partir?", se demande "France Soir". Pour son éditorialiste Valérie Lecasble, "Ce que les Français veulent, c'est une révolution. Une vraie. Où est aussi posée la question du départ de Jacques Chirac". Pour Nicolas Beytout (éditorialiste au Figaro, directeur des Echos, et membre du Groupe de Bilderberg), "le 29 mai est d'ores et déjà assuré d'entrer dans le club très fermé des grandes dates historiques", "et il faut remonter très loin en arrière dans l'histoire de notre République pour trouver une journée d'une telle intensité". "En votant non, en prétendant réorienter à travers leur choix, le destin de 450 millions de citoyens, les électeurs ont pris le risque qu'une partie de l'histoire européenne se poursuive désormais sans eux. Les Français savaient cela, comme ils savent, ce matin, que la vie politique de leur pays est bouleversée", estime-t-il. Ennemi farouche du Traité, le quotidien communiste L'Humanité quant à lui titre sur le fait qu'à "55%: le peuple dit NON à l'Europe libérale". "La voie est désormais ouverte pour reconstruire avec les autres peuples européens un nouveau traité", souligne son éditorialiste Pierre Laurent.
(AFP)
Silencieux
depuis l'annonce des résultats du
référendum, le numéro 2 du PS Laurent
Fabius a invité le Parti socialiste à "ne pas
se couper du peuple" et à "ne pas décevoir
l'espérance" née du
référendum."Ce qu'il faut maintenant, c'est écouter le message des électeurs: refus d'une certaine Europe, volonté d'une autre Europe (...) et préparer l'alternance. C'est une tâche magnifique et il ne faut pas décevoir l'espérance", a déclaré M. Fabius. "Ce qu'il faut en tout cas, c'est ne pas se couper du peuple", a-t-il dit au journal de TF1. Comme on lui demandait s'il souhaitait prendre le contrôle du PS, le député de Seine-maritime a répondu: "Non, la question ne se pose absolument pas ainsi, la tâche du Parti socialiste, c'est d'écouter ce qu'ont dit les électeurs, il ne faut pas être sourds ni aveugles". Selon Laurent Fabius, "la question ne se pose pas" de savoir si le premier secrétaire François Hollande doit ou non rester en place, dès lors que le parti n'est pas "aveugle et sourd" au message des électeurs. François Hollande est sorti affaibli du référendum, désavoué par l'électorat de gauche dont les deux tiers se sont portés sur le non. "On ne réclame pas sa tête, mais il doit dire aux Français « Je vous ai entendus » et prendre en compte pleinement la feuille de route établie par notre électorat", déclare le député Claude Bartolone, un proche de Laurent Fabius. Conclusion, "si on veut gagner en 2007, il faut rassembler en faisant un projet socialiste, avec la gauche, qui soit en cohérence avec le vote de dimanche", souligne le député du Tarn et ancien ministre Paul Quilès, autre proche de Laurent Fabius.
Dans une ambiance tendue, mêlant applaudissements et huées selon de nombreux témoignages, le conseil national (le "parlement" du PS) a voté à huis clos l'exclusion de l'ancien Premier ministre et de ses amis du secrétariat national pour avoir fait campagne pour le Non au référendum, contre la position officielle du parti. Le vote a été acquis par 167 voix pour, 122 contre et 18 abstentions. Les membres du Nouveau Parti socialiste (Arnaud Montebourg et Vincent Peillon) et les amis de MM. Henri Emmanuelli et Jean-Luc Mélenchon ont voté contre cette éviction. Afin de tenter de fixer une fois pour toutes la ligne politique du parti, le premier secrétaire François Hollande a également fait adopter la convocation d'un congrès anticipé. Ce "congrès de projet et d'orientation stratégique" se tiendra à la mi-novembre. Soucieux de constituer "une direction homogène" d'ici cette échéance, M. Hollande y a intégré certains de ses proches (le député-maire d'Evry Manuel Valls), ainsi que des proches de Bertrand Delanoë (Patrick Bloche), de Dominique Strauss-Kahn (Jean-Christophe Cambadélis) et de Martine Aubry (Marylise Lebranchu et François Lamy). Sept proches de M. Fabius quittent la direction, dont deux fidèles parmi les fidèles, le député Claude Bartolone et le député européen Henri Weber. Selon M. Hollande, c'est leur indiscipline, et non leur rejet de la Constitution européenne qui justifie cette purge: "c'est le PS qui doit fixer la ligne du rassemblement et non se la faire imposer de l'extérieur". Pour M. Fabius, ce sont autant de "débats artificiels". "Personne, j'imagine, ne pense que la ligne du PS doit être déterminée ailleurs qu'au PS", a-t-il dit dans un discours "écouté dans un silence religieux" et qui faisait "irrésistiblement penser à François Mitterrand", selon le président de la Région Nord-Pas-de-Calais Daniel Percheron. D'après François Hollande, il y a désormais deux lignes dans la majorité sortante. L'une qui cultive "les illusions" et l'autre "qui répond concrètement" aux problèmes et "donne du sens". Pour M. Strauss-Kahn, le congrès doit apporter "de la clarté dans l'orientation et de la stratégie". Le député Henri Emmanuelli, partisan du Non, a parlé "d'un jour sombre pour le PS", jugeant "incompréhensible de voir l'appareil de la direction se replier sur lui-même en excluant ceux qui sont en phase avec le peuple de gauche, pour promouvoir ceux qui ne le sont pas". C'est "un enfermement sans précédent de l'appareil, alors qu'une majorité d'électeurs socialistes et les deux tiers de l'électorat de gauche ont voté non au référendum", a renchéri Jean-Luc Mélenchon. Enfin, M. Montebourg a accusé la direction d'"empêcher le rassemblement et d'obérer les chances de victoire" en 2007.
(AFP)
Le
président français Jacques Chirac a
réagi au Non des Français à la
Constitution européenne en nommant Premier ministre
Dominique de Villepin, afin de donner une "nouvelle
impulsion" à son action après trois ans de
gouvernement Raffarin.Le nouveau gouvernement comporte une surprise de taille avec le retour au ministère de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy, dont les relations avec M. de Villepin sont pourtant notoirement mauvaises, tout en restant à la tête de l'UMP et mettant fin à la règle du non cumul édictée par Jacques Chirac 6 mois plus tôt. Revers pour Jacques Chirac, le président de l'UDF François Bayrou a refusé d'entrer au gouvernement et d'y accroître la participation de sa formation. M. de Villepin, 51 ans, est le dix-huitième chef de gouvernement depuis l'instauration de la Vème République en 1958. Il est le troisième, après Georges Pompidou et Raymond Barre, à n'avoir jamais été élu, contrairement aux insinuations mensongères de Nicolas Sarkozy qui estimait 2 jours plus tôt que "ceux qui ont le droit de parler au nom de la France, ce sont ceux qui ont affronté une fois dans leur vie le suffrage universel". Ce chiraquien du premier cercle s'est fait connaître comme ministre des Affaires étrangères quand, en mars 2003, il avait défendu avec passion à l'ONU l'opposition de la France à la guerre en Irak, décidée par les Etats-Unis. Secrétaire général de l'Elysée (1995-2002), il fut aussi l'artisan de la dissolution ratée de l'Assemblée nationale en 1997, ce qui lui vaudra la rancune tenace de nombreux élus de droite, battus lors de ces législatives anticipées. Il était ministre de l'Intérieur depuis mars 2004 où il avait assuré la difficile succession de Nicolas Sarkozy. Prenant acte du mécontentement exprimé par les Français contre la politique économique et sociale du gouvernement, il a promis de donner "une nouvelle impulsion" à son action et devrait décréter la mobilisation générale contre le chômage, redevenue la priorité des Français. Jean-Pierre Raffarin, en butte à une impopularité record, quitte Matignon avec une vaste démolition sociale "libérale" à son actif et après avoir échoué à réduire le chômage qui se maintient à plus de 10% de la population active. Après trois années parfois rudes à la tête du gouvernement, M. Raffarin, 56 ans, devrait s'accorder quelques mois de repos et pourrait ensuite tenter de retrouver son siège de sénateur.
(AFP)
Dominique
de Villepin, 51 ans, chiraquien du premier cercle, est
longtemps resté dans l'ombre de président de
la République avant d'émerger au grand jour en
2002, à la faveur de la réélection de
son mentor qui le nomme alors au Quai d'Orsay.Dominique de Villepin, né au Maroc le 14 novembre 1953, se voit récompensé de ses années de loyauté envers Jacques Chirac, qui en fit le secrétaire général de l'Elysée de 1995 à 2002. La dissolution ratée de 1997, dont il fut l'un des malheureux promoteurs, ne lui a pas ôté la confiance du chef de l'Etat, épaté par le "panache" d'un homme qu'il connaît depuis plus de 25 ans et dont il partage la passion des arts premiers, de l'Afrique et de la poésie. Chose inhabituelle en politique, M. de Villepin, devenu ministre des Affaires étrangères dans le premier gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, a rapidement acquis une notoriété internationale alors que sur la scène intérieure il a beaucoup plus de mal à s'imposer. Car, de fait, succéder à Nicolas Sarkozy place Beauvau n'était pas chose aisée. L'hyperactivité et l'omniprésence médiatique de son prédécesseur a forcément joué contre M. de Villepin, volontairement plus discret pour poursuivre l'action de Nicolas Sarkozy. En mars 2003, en pleine crise irakienne, il avait défendu avec brio et passion devant l'ONU les choix de la France et de Jacques Chirac, fermement opposé à la guerre américaine en Irak. Même si depuis son arrivée au ministère de l'Intérieur, en mars 2004, il se frotte davantage aux dossiers français, M. de Villepin a eu plus de mal à acquérir la dimension nationale qui le ferait entrer de plain-pied parmi les "premiers-ministrables". Car ce haut fonctionnaire, sorti de l'ENA en 1980, n'a jamais été élu, ni même essayé de l'être, contrairement à Jacques Chirac ou à Alain Juppé, dont il a été le directeur de cabinet au Quai d'Orsay entre 1993 et 1995. Une carence souvent relevée par ceux qui ne l'aiment guère, dont Nicolas Sarkozy. Aussi, cet homme féru d'histoire et de poésie, auteur de plusieurs ouvrages qui en témoignent, doit-il encore se faire accepter, non seulement par les Français, mais également par certains dans son camp. Grand, l'allure altière, la chevelure argentée, l'homme aux gestes amples et à la parole aisée qui a passé sa jeunesse au Venezuela et aux Etats-Unis, séduit les uns, agace les autres. "C'est une personnage très séduisant par sa pensée et la force de son engagement. On a envie de le suivre comme on veut suivre le hussard qui charge sur son cheval", dit un important élu chiraquien. "Cet homme est dangereux, il est très intelligent mais ne sait pas écouter", assène un autre élu, lui aussi chiraquien. Son cousin, Frédéric de Saint-Sernin, secrétaire d'Etat à l'Aménagement du territoire dans le précédent gouvernement, s'enflamme pour "cet atypique bourré de talents". "C'est un remarquable peintre, figuratif et abstrait, un sportif accompli, marathonien et tennisman", affirme-t-il. Marié et père de trois enfants, M. de Villepin parle anglais, italien et espagnol. Autant d'atouts auprès de ses homologues européens.
(AP) Le 14 février 2003, cinq semaines avant le début de la guerre en Irak, Dominique de Villepin, alors chef de la diplomatie française, prononçait devant le Conseil de sécurité de l'ONU un vibrant plaidoyer contre la guerre et pour un renforcement des inspections. Il répondait également avec un certain lyrisme aux propos du secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, sur la "vieille Europe". Voici la conclusion de cette intervention, qui fut ovationnée par de nombreux représentants de pays ne faisant pas partie du Conseil et contribua à la réputation de "panache" et de "flamboyance" de Dominique de Villepin: "Dans ce temple des Nations unies, nous sommes les gardiens d'un idéal, nous sommes les gardiens d'une conscience. La lourde responsabilité et l'immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement dans la paix. Et c'est un vieux pays, la France, d'un vieux continent comme le mien, l'Europe, qui vous le dit aujourd'hui, qui a connu les guerres, l'occupation, la barbarie. Un pays qui n'oublie pas et qui sait tout ce qu'il doit aux combattants de la liberté venus d'Amérique et d'ailleurs, et qui pourtant n'a cessé de se tenir debout face à l'Histoire et devant les hommes. Fidèle à ses valeurs, il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale. Il croit en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur."
Liste complète du nouveau gouvernement: - Premier ministre: Dominique de Villepin - ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur et de l'aménagement du territoire: Nicolas Sarkozy - ministre de la Défense: Michèle Alliot-Marie - ministre des Affaires étrangères: Philippe Douste-Blazy - ministre de l'Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement: Jean-Louis Borloo - ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie: Thierry Breton - ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche: Gilles de Robien - Garde des Sceaux, ministre de la justice: Pascal Clément - ministre des Transports, de l'Equipement, du Tourisme et de la Mer: Dominique Perben - ministre de la Santé et des Solidarités: Xavier Bertrand - ministre de l'Agriculture et de la Pêche: Dominique Bussereau - ministre de la Fonction publique: Christian Jacob - ministre de la Culture et de la Communication: Renaud Donnedieu de Vabres - ministre de l'Ecologie et du Développement durable: Nelly Olin - ministre de l'outre-mer: François Baroin - ministre des PME, du Commerce, de l'Artisanat et des Professions libérales: Renaud Dutreil - ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative: Jean-François Lamour - ministre délégué aux Relations avec le Parlement: Henri Cuq - ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances: Azouz Begag - ministre délégué au Budget et à la Réforme de l'Etat, porte-parole du gouvernement: Jean-François Copé - ministre délégué à l'Emploi, au travail et à l'insertion professionnelle des jeunes: Gérard Larcher - ministre déléguée à la Cohésion sociale et à la parité: Catherine Vautrin - ministre délégué à la Coopération, au Développement et à la Francophonie: Brigitte Girardin - ministre délégué aux Collectivités territoriales: Brice Hortefeux (sarkoziste) - ministre déléguée aux Affaires européennes: Catherine Colonna - ministre délégué à l'enseignement supérieur et à la recherche: François Goulard - ministre délégué au Tourisme: Léon Bertrand - ministre délégué à la Sécurité sociale, aux personnes âgées, aux personnes handicapées et à la famille: Philippe Bas - ministre délégué à l'Industrie: François Loos - ministre délégué au Commerce extérieur: Christine Lagarde - ministre délégué aux Anciens combattants: Hamlaoui Mékachéra - ministre délégué à l'Aménagement du territoire: Christian Estrosi (sarkoziste)
(AFP)
Nicolas
Sarkozy s'est implicitement attaqué à
Dominique De Villepin en déclarant: "ceux qui ont le
droit de parler au nom de la France, ce sont ceux qui ont
affronté une fois dans leur vie le suffrage universel
et réussi à reconquérir sa
confiance".Nicolas Sarkozy oublie qu'il dirrige un parti dont le modèle est censé être le général De Gaulle. Or le général De Gaulle est lui aussi devenu président sans avoir été élu précédemment. C'est aussi le cas de Georges Pompidou, nommé premier ministre par le Général De Gaulle puis élu président sans avoir été précédemment élu. Sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, Raymond Barre avait également été nommé premier ministre sans jamais avoir été élu.
(AFP)
Nicolas
Sarkozy perd 9 points d'opinions favorables et 8 points de
"potentiel électoral" en un mois, selon le
baromètre mensuel IPSOS-Le Point.Le ministre de l'Intérieur et président de l'UMP, dont la popularité avait bondi de 11% en novembre par rapport à octobre sur fond de crise des banlieues, reperd 9% en décembre. Avec 54% d'opinions favorables contre 63% un mois avant, il descend de la première à la cinquième place du palmarès des personnalités politiques.
(AFP) Un mois après la crise qui a enflammé les banlieues, des stars françaises du foot, du cinéma ou du rap, originaires des Antilles ou issus de l'immigration, ont lancé un appel aux jeunes des banlieues pour qu'ils s'inscrivent sur les listes électorales. Ces stars, parmi lesquelles le rappeur Joey Starr et le footballeur Lilian Thuram, se sont rendues symboliquement dans la ville de Clichy-sous-Bois où avaient démarré les émeutes après la mort accidentelle de deux lycéens poursuivis par des policiers équipés de flashballs. "Je l'ai, je suis allé la chercher!", a lancé le rappeur Joey Starr en exhibant sa carte électorale devant plus de 400 personnes. "Voter, c'est exister, c'est créer un contrepoids. Demain il faudra vous investir dans la vie politique. Réveillez-vous!", a ajouté le comédien Jean-Pierre Bacri. Lilian Thuram, a également demandé aux jeunes des banlieues d'aller s'inscrire dans les mairies, afin de "ne pas reproduire le 21 avril 2002", qui avait les élections réduites à un choix entre la droite et l'exprême-droite. Les parrains ont ensuite symboliquement accompagné une vingtaine de jeunes s'inscrire sur les listes électorales à la mairie de Clichy-sous-Bois. "On va nettoyer le monde politique au Karscher" s'est exclamé l'un des nouveaux électeurs.
(PS) Vincent Peillon, chef de file du Nouveau Parti socialiste (courrant minoritaire du PS), a reproché au président de l'UMP Nicolas Sarkozy de "dresser les uns contre les autres", "de vouloir une France qui ne s'aime pas". Observant "une forme de déprime française", le député européen a dénoncé l'attitude de Nicolas Sarkzoy, qui "dit du mal de tout le monde en permanence, et donc finalement de son propre pays, dresse les uns contre les autres, veut une France qui ne s'aime pas". "C'est très inquiétant. Cela a existé ces péridodes où on se fait plaisir dans le déclin, où on fait semblant d'avoir de la volonté", a-t-il dit.
(AFP)
La
présidente socialiste de la région
Poitou-Charentes, Ségolène Royal, arrive pour
la première fois en tête de toutes les
personnalités politiques, de droite comme de gauche,
avec 49% d'opinions favorables au baromètre des cotes
de popularité SOFRES-Figaro Magazine.La députée socialiste devance le Premier ministre Dominique de Villepin, deuxième avec 46% (+1), à égalité avec Bernard Kouchner (-3) qui occupait jusqu'alors et de longue date la première place parmi les personalités de gauche. Le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, arrive en 4e position à 45%, enregistrant une chute de 9 points de sa cote de popularité. S'il progresse en terme de popularité, Dominique de Villepin voit en revanche sa cote de confiance en tant que Premier ministre reculer de 2 points par rapport à décembre, avec 43% de Français qui ont confiance en lui pour résoudre les problèmes qui se posent en France. La confiance envers Le président Jacques Chirac chute plus fortement encore, avec 21% de Français qui lui font confiance (-5), contre 77% (+5) qui expriment un avis inverse. |
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(AP/AFP)
Nicolas
Sarkozy, qui a pris ses fonctions comme nouveau ministre de
l'Intérieur, s'est dit "ému de ce retour", 14
mois après avoir quitté ce poste."Honnêtement, c'était pas joué que je revienne", a-t-il souligné dans la cour du ministère, devant le personnel, en précisant que "c'était pas écrit, c'était pas forcément logique", mais que "dans la vie, il ne faut pas faire que ce qui est logique". "Pour moi, revenir c'est le choix du coeur, c'est un très grand bonheur", a assuré M. Sarkozy, en se disant "disponible jour et nuit", et en confiant au personnel qu'il serait "extrêmement exigeant", mais "qu'en échange, vous pourrez compter sur moi". "J'aime les policiers, j'aime les gendarmes, j'aime les sapeurs pompiers", a-t-il assuré. Il a évoqué quelques-unes de ses priorités pendant les prochains mois: "le problème des multirécidivistes, les problèmes de l'immigration, le statut et la place des victimes". Dans un discours au ton résolument ferme sur TF1, M. Sarkozy a jugé qu'il y avait "un immense travail à faire en matière de sécurité". M. Sarkozy a également relancé son offensive contre les multirécidivistes. "Je crois qu'entre Dominique de Villepin et moi-même on a fait beaucoup de choses contre les délinquants. Il reste une minorité de délinquants qui ne veulent pas comprendre que la société ne tolérera pas la multirécidive. Je vais m'atteler à ce problème", a-t-il dit. En 2003, prônant les peines plancher contre les multirécidivistes, et notamment le doublement de la peine pour ces derniers, il s'était heurté à l'opposition du ministre de la Justice Dominique Perben et aux syndicats de magistrats. Le projet avait finalement été abandonné. Fidèles de Nicolas Sarkozy, Christian Estrosi et Brice Hortefeux, ont été nommés respectivement ministre délégué à l'Aménagement du territoire et ministre délégué aux Collectivités territoriales au côté du nouveau ministre de l'Intérieur. M. Sarkozy, qui est arrivé à 9h au ministère, est reparti vingt-cinq minutes plus tard pour Perpignan, théâtre d'affrontements entre communautés gitanes et maghrébines ces derniers jours. Il devait revenir en début d'après-midi pour participer au conseil des ministres.
(AP)
Ses
adversaires politiques l'ont cruellement surnommé le
"motodidacte". Membre de la garde rapprochée de
Nicolas Sarkozy, Christian Estrosi a été
nommé ministre délégué à
l'Aménagement du territoire.Nicolas Sarkozy est parvenu à faire rentrer dans l'équipe gouvernementale celui qu'il avait déjà promu au sein de l'UMP en novembre 2004 en le chargeant des fédérations. Les deux hommes font parfois du vélo ensemble, en compagnie du cycliste Richard Virenque. Né le 1er juillet 1955 à Nice, Christian Estrosi a entamé sa carrière politique au Conseil municipal de Nice en 1983, sous le règne de Jacques Médecin. Six ans plus tard, Christian Estrosi est élu conseiller général. En 1988, il devient pour la première fois député RPR de la 5e circonscription des Alpes-Maritimes. Mais la fuite en Uruguay du maire de Nice en 1992 condamne ce "bébé Médecin" à une traversée du désert politique de cinq ans. Christian Estrosi se réfugie alors au Conseil régional. Il est alors soutenu par le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin, qui lui propose la vice-présidence de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur (PACA), mais aussi par Nicolas Sarkozy, son mentor, qui lui confie la fédération RPR locale. A Marseille, il se refait peu à peu une santé politique. En 2001, après avoir soigneusement tissé ses réseaux dans la région, Christian Estrosi fait son retour au Conseil général. Son épouse, Dominique Estrosi, est par ailleurs l'adjointe du maire de Nice Jacques Peyrat. Réélu en 1997 et en 2002 à l'Assemblée nationale, Christian Estrosi y joue le rôle de "M. sécurité" de Nicolas Sarkozy. En novembre 2001, il publie ainsi "insécurité: sauver la République", où il dénonce la "montée vertigineuse de la délinquance". Il prône notamment la création d'une "police territoriale" sous la responsabilité des maires, l'abaissement à 16 ans de l'âge de la majorité pénale, l'instauration d'un couvre-feu pour les mineurs ou la création de centres de rééducation pour jeunes délinquants.
(AP/AFP) En tant que ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy sera chargé d'organiser les élections, tout en étant président de l'UMP, une double fonction à laquelle rien ne s'oppose légalement mais qui soulève interrogations et critiques, à deux ans d'échéances électorales capitales. Plusieurs dirigeants de l'opposition ont dénoncé ce cumul, à commencer par l'ancien ministre de l'Intérieur Daniel Vaillant (PS): "Pour moi et pour tout républicain, cette nomination pose un problème d'éthique républicaine et démocratique. C'est un ministère qui dirige les préfets, qui a la tutelle sur les collectivités locales, qui dirige la police et même la gendarmerie et il est chargé de l'organisation des élections. Il doit être le garant de l'impartialité de l'Etat. Je ne vois pas comment on peut être chef de parti et responsable de l'organisation des élections. Il y a là une incompatibilité démocratique.", a déclaré Mr Vaillant qui y voit "une dangereuse dérive". François Hollande, le premier secrétaire du PS, a dénoncé une "confusion" qui pourrait conduire à "tous les risques", tandis que Henri Emmanuelli a pointé les "questions déontologiques posées en terme démocratique", par la nomination de M. Sarkozy. Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, a quant à lui carrément affirmé que le président de l'UMP allait "préparer le charcutage électoral pour les prochaines élections législatives". Un redécoupage des circonscriptions législatives est en effet prévu avant les élections législatives de 2007. "Le ministère des élections confié au chef du parti de la majorité: on n'est jamais aussi bien servi que par soi même", a ironisé de son côté le président du FN, Jean-Marie Le Pen.
(AFP)
Dès
son retour à l'Intérieur, Nicolas Sarkozy a
annoncé qu'il s'emparait des dossiers des victimes et
de la lutte contre la récidive, montrant qu'il
n'hésiterait pas à empiéter sur les
terres du ministre de la Justice, comme il l'avait fait dans
le passé avec Dominique Perben.Ces déclarations qui touchent des domaines qui relèvent traditionnellement du ministère de la Justice ont relancé l'inquiétude des syndicats de magistrats. "Encore un fois, le ministre de l'Intérieur s'arroge des prérogatives qui ne sont pas les siennes", a déploré le syndicat de la magistrature (de gauche). "Le ministre de l'Intérieur, chargé de la sécurité collective, tente de faire disparaître le ministre de la Justice, gardien des libertés individuelles alors qu'en démocratie, un équilibre doit être respecté", a critiqué l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire et modérée). M. Sarkozy a enfoncé le clou lors d'une visite à Perpignan, prévenant que "tous les voyous seront sanctionnés" et que ce sera "directement la case prison". La veille, lors de sa première intervention télévisée, il avait annoncé qu'il prendrait "lui-même" en charge le dossier des victimes: "Je veux maintenant qu'on donne la priorité aux victimes, leurs droits, leur souffrance, et ce qu'on doit faire pour elles". Ce dossier relevait auparavant d'un secrétariat d'Etat aux droits des victimes, sous la tutelle du ministère de la Justice. Il a été supprimé à l'occasion du remaniement. "Les victimes, ça permet de communiquer chaque semaine, on va sortir les mouchoirs au journal de 20H00", a ironisé le président de l'USM Dominique Barella. "On prend les victimes pour faire du compassionnel alors qu'on devrait renforcer les moyens de la justice pour qu'un psychologue soit présent dans tous les tribunaux, qu'elles aient leur place dans les salles d'audience ou qu'elles soient convoquées à heure fixe", a-t-il regretté. M. Sarkozy a aussi annoncé la reprise de son offensive contre les multirécidivistes qui avait donné lieu à un bras de fer avec Dominique Perben. "Il reste une minorité de délinquants qui ne veulent pas comprendre que la société ne tolérera pas la multirécidive. Je vais m'atteler à ce problème", a-t-il averti à propos d'une question qui relève de la sanction pénale. En 2003, il avait prôné l'instauration de peines planchers automatiques pour les multirécidivistes, une proposition dénoncée à la fois par Dominique Perben et les syndicats de magistrats, pour une fois unanimes, car elle niait le pouvoir du juge "d'individualiser la peine" et son indépendance. Le conflit sur les peines plancher avait été tranché par Matignon en faveur de M. Perben mais au prix d'un compromis, une proposition de loi réprimant plus fortement la récidive, dont l'instigateur n'était autre que le nouveau ministre de la Justice, Pascal Clément. Les futurs rapports entre le Garde des Sceaux et un ministre de l'Intérieur qui ne cache pas ses ambitions présidentielles suscitaient vendredi interrogations et craintes. "Il est difficile de savoir comment Pascal Clément va se positionner, se mettre dans la roue de Sarkozy ou rester indépendant. On risque d'avoir une course à l'échalotte dans les effets d'annonce", s'est inquiété le président de l'USM tandis que le SM redoutait "une politique encore plus répressive".
(AP)
Nicolas
Sarkozy estimé que les juges qui avaient remis en
liberté l'un des meurtriers présumés de
Nelly Crémel, mère de famille
assassinée le 2 juin en Seine-et-Marne, devaient
"payer" pour leur "faute".Les déclarations de Nicolas Sarkozy ont suscité l'indignation des syndicats de magistrats qui y voient une remise en cause du principe constitutionnel de séparation des pouvoirs entre le pouvoir exécutif et l'autorité judiciaire. Le Syndicat de la magistrature (SM) et l'Union syndicale des magistrats (USM) ont exhorté Jacques Chirac à réagir à ces "propos sans précédent dans l'histoire de la Ve République", selon Nicolas Blot de l'USM. Les deux syndicats ont demandé au chef de l'Etat de saisir le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) "afin que celui-ci rappelle avec force le principe de l'indépendance de l'autorité judiciaire". Ces déclarations révèlent en tout cas la stratégie de Sarkozy pour l'élection présidentielle de 2007: ratisser à droite, voire à l'extrême droite. Depuis son retour début juin au ministère de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy multiplie les déclarations musclées. Que ce soit sur la lutte contre les multirécidivistes, la politique d'immigration ou la critique du modèle social français, il revendique haut et fort son discours de droite, aux relents populistes. Le député socialiste André Vallini a ainsi dénoncé les déclarations "totalement inadmissibles" de Nicolas Sarkozy, accusant le président de l'UMP de "légitimer" Jean-Marie Le Pen par son discours "populiste". "Dans la bouche du ministre de la Justice, ça aurait été difficilement acceptable, mais dans la bouche du ministre de l'Intérieur, cela l'est encore moins", a déclaré le député. Selon M. Vallini, les propos du ministre de l'Intérieur portent gravement atteinte à la séparation des pouvoirs entre l'autorité judiciaire et le pouvoir exécutif. "Comme il l'avait fait il y a trois ans, il essaie de transformer le ministère de la Justice en annexe du ministère de l'Intérieur". Le député socialiste, spécialiste de la justice, a également dénoncé l'inexactitude des propos de Nicolas Sarkozy. "Ce n'est pas d'un juge mais une formation collégiale qui remet en liberté", a-t-il rappelé.
(AFP) Henri Emmanuelli, (PS) a dénoncé "les récidives provocatrices et démagogiques de M. Sarkozy". Selon le député socialiste, celles-ci "posent un double problème: celui de sa capacité personnelle à occuper sereinement les fonctions qui sont les siennes, et celui du fonctionnement normal de nos institutions démocratiques". Dans un communiqué à l'AFP, M. Emmanuelli déclare notamment qu'"il n'est pas acceptable que le ministre de l'Intérieur, responsable de la police, brave impunément tous les jours le Premier ministre nouvellement investi et le président de la République". "Il n'est pas d'avantage acceptable que le président du parti majoritaire, nettement désavoué par le suffrage universel il y a moins de trois semaines, en tire la conclusion que, désormais, il peut tout se permettre dans une sorte de fuite en avant lourde de risques", poursuit Henri Emmanuelli. "Il y a des limites à la mégalomanie", dit-il.
(AFP)
Jacques
Chirac et Dominique de Villepin ont réaffirmé
le principe de l'indépendance de la justice,
après les menaces de Nicolas Sarkozy à
l'égard des magistrats, tout en donnant satisfaction
au ministre de l'Intérieur qui appelle à une
législation plus sévère à
l'encontre de la multirécidive.A quatre heures d'intervalle, le président de la République et son Premier ministre ont pris leurs distances avec le président de l'UMP. "Comme dans tout Etat de droit, les magistrats ont vocation à appliquer la loi, c'est ce qu'ils ont fait. (...) C'est un collège de magistrats qui a été amené à se prononcer, il l'a fait sur la base de la loi avec des avis d'experts. La responsabilité des magistrats n'est donc pas en cause", a affirmé Dominique de Villepin à France Inter, manière de dire que son ministre de l'Intérieur faisait fausse route. Un peu plus tard, le chef de l'Etat enfonçait le clou: "Le principe constitutionnel de la séparation des pouvoirs et le respect de l'indépendance de la justice sont intangibles et essentiels à l'équilibre et au bon fonctionnement de nos institutions. Rien ne saurait les remettre en cause", a-t-il affirmé. Ces mises au point apparaissent comme un désaveu du ministre de l'Intérieur qui a déclaré que le juge devait "payer" pour sa "faute" et que "62 millions de Français" s'interrogeaient sur la responsabilité des magistrats dans l'affaire Crémel. Moins d'un mois après sa nomination à Matignon, le Premier ministre, en phase avec M. Chirac, manifeste ainsi un premier différend sérieux avec Nicolas Sarkozy. Jusqu'ici les deux hommes avaient pris soin d'afficher leur bonne entente et leur proximité politique, comme pour démentir les pronostics pessimistes sur l'avenir de leur tandem inattendu.
(AP)
"Etre
à l'écoute de tout, et si possible savoir
tout": c'est l'objectif affiché par le ministre de
l'Intérieur Nicolas Sarkozy, qui aprésente son
projet de loi antiterroriste en Conseil des ministres.Vidéosurveillance accrue, surveillance des cybercafés, de la téléphonie et des déplacements, Nicolas Sarkozy entend "tirer les leçons" des attentats de Londres le 7 juillet 2005. Et cela passe d'abord par un développement de la vidéosurveillance, très développée en Grande-Bretagne mais qui n'a pourtant pas permis d'empêcher les attentats. La vidéosurveillance "est efficace, même si elle ne répond pas à tout", affirme néanmoins lNicolas Sarkozy dans "Le Monde". Le ministre de la Police souhaite donc installer des caméras "dans le métro, les aéroports, les gares", à Paris comme en province, ainsi que devant les lieux de culte et les grands magasins. Le projet de loi de Sarkozy doit permettre de conserver les images ainsi obtenues. Selon le ministère de l'Intérieur, chacun pourra toutefois demander à accéder aux images qui le concernent, et chaque dispositif de vidéosurveillance sera revu tous les cinq ans. Le projet de loi renforce également la surveillance des cybercafés, en les obligeant à conserver leurs données informatiques durant un an, tout comme les services de téléphonie, afin de permettre aux forces de police et de gendarmerie de savoir qui a consulté quels sites. Seuls les agents habilités des services antiterroristes seront autorisés à recueillir ces données, et en informant la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés). Les déplacements de jeunes Français vers des pays à risque seront aussi scrutés, pour suivre les filières "djihadistes". Le projet de loi étend pour cela la surveillance automatisée des véhicules. Policiers et gendarmes pourront également accéder plus facilement aux données des compagnies de transport ou à d'autres fichiers administratifs. Ces mesures ont provoqué l'inquiétude dans les rangs de la gauche et de l'UDF, qui soulignent le nécessaire respect des libertés individuelles, et la CNIL a émis des réserves sur le projet de loi Sarkozy.
(AFP)
Depuis
son retour au ministère de l'Intérieur,
Nicolas Sarkozy s'est délibérément
installé dans un positionnement très à
droite avec pour objectif de rallier les électeurs
d'extrême-droite pour la présidentielle de
2007."Je ne vois pas pourquoi ce serait un crime que de s'adresser aux électeurs du FN", a maintes fois répété M. Sarkozy. "Il faut faire une place aux électeurs de ce parti", avait-il ajouté en mars 2004 à Nice. Après les déclarations abruptes du ministre de l'Intérieur qui avait exprimé sa détermination à "nettoyer au Kärcher", des députés de l'opposition ont accusé M. Sarkozy de "populisme" et de tenir un discours proche de celui de Jean-Marie Le Pen. La formule du "Kärcher" est une "image tout à fait significative des méthodes brutales, aveugles et dangereuses de M. Sarkozy", a affirmé Arnaud Montebourg (PS). Pour Noël Mamère (Verts), "jour après jour, M. Sarkozy est en train de revisiter le discours de Le Pen". Enfin, le PCF a jugé que "les sorties spectacles de Sarkozy" allient "populisme et lieux communs". Selon des études menées par l'UMP (le parti de la droite au pouvoir qui est présidé par Sarkozy), Nicolas Sarkozy peut espérer conquérir une partie des électeurs d'extrême droite. Pour Manuel Aeschlimann, président de la commission "opinion publique" de l'UMP, "environ 50% des électeurs du Front National sont susceptibles de voter pour Nicolas Sarkozy". L'institut de sondages IFOP avait de son côté publié une étude en septembre 2004 montrant que 72% des sympathisants FN avaient une bonne ou excellente opinion de Nicolas Sarkozy, juste derrière Jean-Marie Le Pen (77%).
(AFP)
Le
ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy a
affiché à Paris son intransigeance, devant
1800 policiers et gendarmes qui l'ont écouté
réclamer des mesures coercitives contre les
récidivistes sexuels, la
sévérité face aux délinquants,
et des modifications d'habitude des juges.Il leur a dit sa volonté "d'ancrer durablement une culture de dissuasion et de rupture avec le sentiment d'impunité". Le ministre a réservé ses attaques les plus violentes aux délinquants sexuels récidivistes, "ces individus qui ne contrôlent pas leur pulsion", "ces monstres" à qui il veut "imposer un suivi médicamenteux", notamment en utilisant des médicaments destinés à faire diminuer leur libido de façon réversible. M. Sarkozy a également dit son intention de faire de la récidive "un combat devant l'opinion publique". Remettant en cause le principe constitutionnel de la non-rétroactivité, le ministre de la Police envisage que le suivi médico-social puisse s'appliquer aux "multirécidivistes condamnés avant juin 1998. A propos du pistolet électrique dont vont être dotées les brigades anti-criminalité, "il y en a un qui m'a dit: «Ca fait mal», raconte M. Sarkozy. "Mais c'est fait pour. Ce n'est pas pour dire bonjour", poursuit-il, suscitant les rires. Après avoir défendu le délit d'occupation des halls d'immeuble qu'il avait instauré, il a confirmé la publication "avant la fin de l'année d'un plan national de prévention de la délinquance" qui doit être une "politique d'intégration |