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(syti.net)
Les
tortures et sévices s'avèrent être des
pratiques systématiques de l'armée
américaine. Les révélations à ce
sujet auront un effet dévastateur, et à
long-terme.
(AP)
Alors
que le Sénat a récemment voté un
amendement interdisant le traitement "cruel, inhumain ou
dégradant" des personnes détenues par les
Etats-Unis, le vice-président américain Dick
Cheney a demandé aux sénateurs
républicains de permettre à la CIA des
exemptions pour la torture des terroristes
présumés.Dick Cheney a déclaré aux sénateurs que les Etats-Unis ne recouraient pas à la torture, mais que selon lui l'agence de renseignement avait besoin d'une exemption de toute législation interdisant les traitements "cruels, ihhumains ou dégrandants" de détenus, au cas où le président le jugerait nécessaire pour "empêcher une attaque terroriste". Le vice-président s'exprimait lors de la réunion hebdomadaire des sénateurs républicains, à laquelle il assiste souvent, sans prendre la parole en général. La Maison Blanche, qui doit avaliser cette loi contre les tortures, a menacé à plusieurs reprises de lui opposer un veto.
(AP)
"Nous
ne torturons pas", a assuré George W. Bush, tout en
défendant les techniques d'interrogatoires des forces
américaines, notamment celles de la CIA
accusée d'avoir ouvert des prisons secrètes
dans plusieurs pays.George W. Bush a défendu l'initiative de son vice-président Dick Cheney qui tente d'empêcher l'adoption par le Sénat d'une loi interdisant la torture, ou tout au moins d'obtenir que la CIA ne soit pas concernée si une loi devait finalement être adoptée. "Nous travaillons avec le Congrès pour faire en sorte que, tout en avançant, il soit possible, encore plus possible pour nous de faire notre travail", a dit Bush lors de sa visite à Panama au retour du Sommet des Amériques. Par ailleurs, George W. Bush n'a ni confirmé ni infirmé les informations faisant état de prisons secrètes ouvertes par la CIA à l'étranger, notamment dans des pays européens. "Notre pays est en guerre, et notre gouvernement a l'obligation de protéger le peuple américain", a-t-il simplement déclaré.
(Reuters/AFP)
Interrogé
à propos de l'affaire des prisons secrètes
américaines, l'ancien président
américain Jimmy Carter a accusé
l'administration du Bush de saper les
références morales sur lesquelles se fonde la
politique étrangère des Etats-Unis depuis des
décennies. "Au cours des cinq dernières
années, il y a eu un changement profond et radical
dans les mesures ou dans les valeurs morales de notre pays",
a-t-il dénoncé.
(Reuters) Le Pentagone interdit explicitement la torture dans une nouvelle directive en matière d'interrogatoires de prisonniers. Ce document rassemble et fait la synthèse des nombreuses instructions délivrées sous différentes formes, mais encore jamais compilées au sein d'un texte unique. Cette directive énonce que "les actes de torture physique ou mentale sont interdits". Cependant, elle ne définit pas la torture. Selon la directive, "tous les individus capturés ou détenus doivent être traités humainement et tous les interrogatoires (...) visant à obtenir des renseignements doivent être menés humainement, conformément aux lois et à la politique en vigueur". Celles-ci comprennent "le droit de la guerre, le droit international pertinent, le droit américain et les directives applicables". Mais le document ne mentionne pas explicitement la Convention de Genève sur le statut des prisonniers de guerre. Il ne précise pas non plus si cette convention relève du "droit international pertinent".
Cédant après des mois de résistance aux demandes adressées par les Démocrates et un nombre croissant de Républicains, George Bush a accepté d'apporter son soutien au projet d'amendement du sénateur républicain John McCain visant à interdire la torture sur des prisonniers détenus par les Etats-Unis.. S'exprimant dans le Bureau ovale de la Maison blanche en compagnie du sénateur, le président des Etats-Unis a expliqué que son objectif était de "dire clairement au monde que gouvernement ne torture pas". La Maison blanche, qui menaçait un temps d'opposer son veto à ce texte, avait cherché à obtenir une immunité pour les responsables d'interrogatoires accusés de violer le règlement. Le vice-président Dick Cheney avait fait pression sur le Sénat pour que la CIA ne soit pas concernée par cet amendement. Mais McCain a rejeté cette éventualité en estimant qu'elle viderait de contenu son amendement. La présidence a fini par accepter une formulation proche ce celle du Code de justice militaire. Pour Stephen Hadley, conseiller à la sécurité nationale de la Maison blanche, le compromis constitue "le juste équilibre" entre le caractère humain des traitements infligés à des détenus et la nécessité d'obtenir des renseignements. L'amendement McCain, soutenu par le Sénat et la Chambre des représentants, interdirait les traitements cruels, inhumains ou dégradants infligés à des prisonniers. Ancien combattant de la guerre du Vietnam, torturé en détention, John McCain souhaitait faire adopter cet amendement afin de protéger les soldats américains contre des traitements cruels qui pourraient leur être infligés si ils étaient fait prisonniers, la convention de Génève ne pouvant plus être invoquée par les Etats Unis pour les protéger si ce pays pratique lui-même la torture. |
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(AP) - L'armée américaine a révélé qu'elle avait ouvert des enquêtes criminelles sur les morts de dix prisonniers suite à des tortures en Irak et en Afghanistan, ainsi que sur dix autres cas d'abus. L'armée a fait savoir en outre que les décès de deux autres prisonniers irakiens avaient d'ores et déjà été qualifiés d'homicides. Ces meurtres auraient été commis par des soldats américains et des enquêteurs de la CIA. Au total, dix gardes ont été suspendus, dont six ont été inculpés pour actes criminels. Six officiers ont reçu un blâme écrit qui bloque toute promotion, et un septième officier a reçu une réprimande, une sanction plus légère.
(AP) - Des sévices et humiliations seraient aussi pratiqués par des soldats britanniques. Le ministère de la Défense britannique a confirmé que "dix incidents de ce type" avaient été rapportés au cours de l'année dernière et avaient donné lieu à l'ouverture d'enquêtes. Douze
familles irakiennes ont porté plainte mercredi devant
la justice britannique suite à la mort de proches,
tués par des soldats britanniques. L'avocat des
familles, Phil Shiner (en
photo),
a souligné qu'il ne s'agissait sans doute que de "la
partie émergée de l'iceberg". Il a
également décrit devant les journalistes
quelques-uns des dossiers qu'il venait de déposer
devant la Haute cour de Londres. Ainsi, Ahmed Jabbar Karim Ali, 17 ans, mort noyé le 8 mai 2003 après avoir été battu puis contraint de plonger dans la rivière Zubaïr. Wallid Fayay Muzban, 43 ans, abattu au volant de sa voiture alors qu'il rentrait chez lui. Mohammed Abdou Redha Salim, 45 ans, trois enfants, tué d'une balle lors d'un raid de l'armée britannique, en pleine nuit, au domicile de son beau-frère. Un autre homme abattu alors qu'il se préparait pour la prière du matin. Un fermier tué alors qu'il réparait une pompe à eau dans son champ. Phil Shiner invoque la Convention européenne des droits de l'Homme. "Cette Convention s'applique certes normalement au sein du territoire de chaque Etat membre qui l'a signée, mais il y a des exceptions, et l'une d'entre elles joue quand un Etat membre a le contrôle effectif d'un autre territoire. Or nous sommes une force d'occupation en Irak, nous y exerçons les fonctions de l'Etat local, la police, la justice, etc... Nous avons donc bien le contrôle effectif de ce territoire".
(AP) - Dans son édition du 8 Mai, "The Mirror" publie en couverture une photo qui montre un soldat britannique prenant une "photo trophée" d'un prisonnier aux mains ligotées, les dents en sang. Selon un témoignage cité par le journal, les détenus étaient régulièrement frappés, parfois par une dizaine de soldats à la fois. Selon lui, les soldats britanniques prenaient des photos et des vidéos pour se vanter. Leurs supérieurs leur auraient demandé de s'en débarrasser, mais "il y avait un CD qui circulait dans notre chambre avec quelque 500 clichés, certains étaient des photos "avant/après" les coups".
(AP) - La chaîne de télévision britannique ITV a diffusé le témoignage de Suhaib al-Baz, 24 ans, cameraman pour la chaîne de télévision Al-Jazira et emprisonné par les Américains dans la prison d'Abou Ghraib. Il raconte qu'une jeune adolescente irakienne a été entièrement déshabillée et battue alors que son frère l'entendait crier dans une cellule voisine, a rapporté vendredi la chaîne de télévision britannique ITV d. La jeune fille, âgée de 12 ou 13 ans a ensuite été promenée nue devant la cellule de son frère et celle des autres prisonniers. Une autre fois, Al-Baz a déclaré avoir vu un adolescent malade, âgé de 15 ans, être forcé à porter deux bidons d'eau et de courir dans un couloir. S'il s'arrêtait, il était battu avec un bâton par un soldat américain. "Il est tombé d'épuisement alors ils l'ont déshabillé et ont versé de l'eau froide sur lui", a raconté le cameraman. Toujours selon Al-Baz, les soldats américains ont aussi forcé le père de cet adolescent "à porter un soutien-gorge et une culotte" pour rire. Auparavant, Suhaib al-Baz avait déclaré à l'Associated Press qu'il avait été dévêtu, battu, privé de sommeil durant sa détention de 74 jours par l'armée américaine. Il a affirmé que pendant ce temps, les soldats prenaient "des images de torture" avec leurs caméras personnelles. Le
3 Mai, l'Associated Press a diffusé le
témoignage d'un Irakien plusieurs fois par la prison
Abou Ghraïb, deux fois sous le régime de Saddam
Hussein, une fois sous occupation américaine. Tout
compte fait, il dit préférer encore les
tortures infligées par les hommes du dictateur
irakien à l'humiliation ressentie lorsque ses
geôliers américains l'ont forcé à
se dénuder.
(AP) - Saddam Saleh avait été arrêté par une patrouille américaine alors qu'il transportait une grosse somme d'argent, afin d'acheter des meubles pour son mariage, explique-t-il. Saddam Saleh connaît bien Abou Ghraïb pour y avoir déjà séjourné en 1999 sous le régime de Saddam Hussein pour avoir échappé à ses obligations militaires. "On m'a torturé sous Saddam, mais cette torture était préférable à celle-ci parce qu'on ne m'a pas déshabillé". Saleh affirme que la torture a débuté sept jours après son arrivée dans la prison, lorsque le caporal Graner lui a mis un sac sur la tête et attaché ses mains dans le dos. Il l'a ensuite frappé "à coup de barre de fer", avant de le jeter dans la cellule 42 avec d'autres prisonniers nus. Il dit être resté nu pendant 18 jours, mis aux fers, soumis à une musique assourdissante, et menacé par deux chiens qu'on excitait devant eux. "L'un des gardiens m'a uriné dessus" précise-t-il également. Selon Saleh, ces tortures se faisaient en présence d'un agent des services de renseignement qui disait aux tortionnaires: "Ce type a eu son compte' ou 'ce type doit être torturé davantage"...
(AP) - Pour Haider Sabbar Abed, le mal est fait, et aucune enquête, aucune condamnation ne pourra lui rendre son honneur perdu. Montrant la photo d'un prisonnier nu, les mains derrière la tête couverte d'une cagoule, il dit: "C'est moi". Regardant ces photos désormais connues dans le monde entier, il déclare que toutes les enquêtes du monde n'y changeront rien. "Mon esprit est envahi par les souvenirs. De chaque pose, de chaque position", soupire-t-il. Chiite originaire de Nassiriyah, Haider Sabbar Abed a été arrêté en juillet à Bagdad, pour s'être trouvé dans une voiture dont le modèle est fréquemment utilisé lors des attaques anti-américaines. Il dit avoir été pris en auto-stop par le conducteur, qu'il ne connaissait pas, qui n'avait pas les papiers de la voiture et qui a également été arrêté. "D'abord,
ils nous ont battus, nous frappant sur tout le corps. Puis
ils ont arraché nos vêtements". La "torture" a
duré quatre heures, pendant lesquelles les sept
hommes ont été laissés nus. Ils ont
été forcés de monter les uns sur les
autres, formant la choquante pyramide de corps qui a fait le
tour du monde. "C'est moi", dit-il en pointant l'homme en
bas à gauche de la photo.Puis les gardes lui ont ôté sa cagoule, et une soldate, debout devant lui, lui a ordonné de se masturber. Sa cagoule a été à nouveau baissée. Toujours sans vêtements, il a ensuite été mis dans une cellule, enchaîné pendant trois nuits. La première nuit, il était enchaîné à la porte de la cellule, face contre les barreaux. La deuxième nuit, il était attaché au lit, et la troisième, par terre, les mains liées aux pieds. Quant les photos ont été rendues publiques, Haider Sabbar Abed a d'abord hésité à se faire connaître. Puis, approché par une chaîne de télévision arabe, il a accepté de témoigner. "Je voulais alerter le monde", explique-t-il. "Il y a tant d'innocents qui se font arrêter, des gens qui n'ont rien à voir avec une quelconque violence. Mais je ne peux rien faire maintenant. Je ne peux pas rester en Irak. La honte est trop forte.
(AP) - Les réactions ont continué à se multiplier à l'étranger. A Genève, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a demandé que des sanctions pénales soient prises si les sévices étaient avérés. Le vice-ministre russe des Affaires étrangères Iouri Fedotov a exprimé la "profonde préoccupation" de Moscou. Le ministère français des Affaires étrangères a estimé que ces sévices constituaient "des violations claires et inadmissibles des conventions internationales". Le ministre iranien des Affaires étrangères Kamal Kharazi, en visite lundi à Bruxelles, a accusé les Etats-Unis "d'attiser la haine" dans le monde musulman. "Les actions très brutales des soldats américains sont un plan systématique pour humilier les Irakiens, les tuer, les violer. C'est monstrueux", a-t-il poursuivi. "Est-ce la manière de construire la démocratie en Irak? Personne ne croit ça... La politique américaine provoque la haine dans tous les pays islamiques. Nous sommes au bord d'arriver à un choc des cultures et c'est très dangereux". Enfin, le ministre espagnol des Affaires étrangères Miguel Angel Moratinos a exprimé lundi "sa plus grande horreur" face à "une série de pratiques qu'il s'agissait précisément d'éliminer en renversant le régime de Saddam Hussein".
(AP/AFP)
- Lors
de son audition par le Congrès au sujets des
sévices infligés aux prisonniers irakiens, le
secrétaire d'état à la Défense
Donald Rumsfel avait révélé l'existence
d'autres clichés ainsi que de vidéos. M.
Rumsfeld a présenté ses excuses mais
prévenu que d'autres photos ainsi que des
vidéos existaient. "Je crains que ça soit
encore plus terrible", avait-il dit, en qualifiant les
traitements montrés sur ces images "de sadiques,
cruels et inhumains".Le sénateur républicain, John Warner, président de la commission des Forces Armées du Sénat, a indiqué dimanche avoir été en contact avec le Pentagone qui lui a promis que toutes les photos seraient remises au Congrès mais resteraient, pour l'instant, sous le sceau du secret. Il a précisé que les parlementaires pourront voir ces photos en privé. "Quant à savoir quand elles pourront tomber dans le domaine public, je ne suis pas capable de répondre", a déclaré John Warner sur la chaîne américaine NBC. Selon le Washington Post, le Pentagone espère en laissant les parlementaires encaisser les premiers le choc des images et en faire des commentaires, amortir leur impact sur l'opinion publique. "L'impact est moindre après un certain temps si un groupe de gens répètent que c'est choquant" car l'effet de surprise disparaît, a expliqué un responsable du Pentagone cité par le Washington Post.
(AP)
- Le
Premier ministre britannique Tony Blair a
présenté ses excuses aux prisonniers irakiens:
"Nous présentons nos profondes excuses à tous
ceux qui ont été maltraités par nos
soldats. C'est absolument et totalement inacceptable. (...)
Ceux qui sont responsables de tels actes, s'ils se sont
comportés de cette façon effroyable, seront
punis selon les règlements et la discipline
militaires".Ces excuses interviennent alors que le ministère britannique de la Défense a admis dimanche soir avoir eu connaissance "depuis plusieurs mois" d'allégations de sévices infligés par des soldats britanniques à des prisonniers irakiens, et que des enquêtes étaient en cours "depuis l'année dernière".
(AP)
- Après
avoir refusé de présenter des excuses et
tenté de minimiser les faits, George Bush a
commencé à mesurer l'effet dévastateur
des révélations sur les tortures de
l'armée américaine en Irak. Bien qu'il n'ait
toujours pas adressé d'excuses publiques aux Irakiens
et au Monde, George Bush a déclaré le 6 Mai au
roi Abdallah II de Jordanie qu'il était
"désolé pour l'humiliation subie par des
prisonniers irakiens" et celle subie "par leurs familles".
"Je lui ai dit que j'étais également
désolé que les gens ayant vu ces images
n'aient pas compris la vraie nature et le coeur de
l'Amérique", a ajouté George W. Bush.Il a par contre une nouvelle fois réaffirmé sa confiance en Donald Rumsfeld, dont la démission est réclamée par des sénateurs du Parti Démocrate. Donald Rumsfeld "restera dans mon cabinet. (...) Le secrétaire Rumsfeld a bien servi notre nation", a-t-il assuré. Il "a été le secrétaire durant deux guerres et il est un membre important de mon cabinet". Le 8 Mai, lors de son allocution hebdomadaire radiodiffusée, le président George W. Bush a qualifié ces abus de "tache sur l'honneur et la réputation de notre pays". Mais, selon lui, il s'agit "d'agissements d'un petit nombre" ne reflétant pas le comportement de milliers de militaires américains "qui servent et se sacrifient en Irak".
(AFP)
- L'officier
de la police militaire Sabrina Harman, l'une des sept
militaires américains accusés de
sévices sur les prisonniers irakiens, a
affirmé avoir agi sous les ordres directs du
renseignement militaire qui voulait que les prisonniers
soient affaiblis avant les interrogatoires, rapporte le
Washington Post. "Ils nous amenaient un ou plusieurs
détenus en même temps, déjà
encagoulés et menottés. Le travail de la
police militaire était de les garder
éveillés et de leur rendre la vie infernale
pour qu'ils parlent".Sabrina Harman, affectée à la prison d'Abou Ghraib, a déclaré qu'elle avait la responsabilité de casser le moral des prisonniers avant l'interrogatoire. "Si le prisonnier coopérait, il pouvait alors garder son vêtement, son matelas et on lui accordait des cigarettes s'il le demandait et même de la nourriture chaude. Mais si le prisonnier ne donnait pas ce qu'ils voulaient, on lui retirait tout. (...) Le sommeil, la nourriture, les vêtements, les matelas, les cigarettes étaient des privilèges accordés en échange d'information." Elle a indiqué que son unité de police militaire obéissait également aux ordres de civils qui menaient les interrogatoires, selon le Washington Post. (L'armée américaine utilise en effet des "sous-traitants" en Irak, en Afghanistan, ainsi que dans les opération anti-gérilla en Amérique du Sud. Il s'agit de sociétés privées qui travaillent sous contrat avec l'armée américaine, celle-ci se trouvant ainsi déchargée de la responsabilité de certains "sales boulots"). Mme Harman a affirmé n'avoir eu qu'une brève formation et n'avoir jamais reçu d'enseignement sur les Conventions de Genève sur les prisonniers de guerre. "La Convention de Genève n'a jamais été distribuée et personne, parmi nous, ne se souvient avoir pris des cours pour l'étudier. La première fois que je l'ai lue, c'était deux mois après avoir été inculpée. Je l'ai entièrement lue, soulignant tous les droits baffoués à Abou Ghraib. Et il y en a beaucoup", a-t-elle ajouté.
(AP) - Selon le quotidien londonnien "The Guardian", les détails des abus perpétrés à la prison d'Abou Ghraïb près de Bagdad rappellent les techniques d'un système appelé le R21, "résistance à l'interrogatoire", destiné à provoquer un état de choc et d'humiliation chez le prisonnier. D'après le journal, qui cite un ancien officier des forces spéciales d'élite britannique, ces techniques ont été enseignées aux forces spéciales américaines et britanniques pour qu'ils puissent mieux résister si des troupes ennemies les soumettaient à des pressions similaires. Le R21 consiste notamment à maintenir nu le prisonnier pendant de longues périodes, le soumettre à des humiliations sexuelles, le cagouler, le priver d'eau, de nourriture, et de sommeil, pour leur faire perdre la notion du temps.
(AP/AFP)
- Un
rapport interne de l'armée américaine sur les
exactions dénonce leur aspect "systématique",
selon des extraits publiés le 3 Mai dans le Los
Angeles Times.Le rapport relève toute une série de sévices: des soldats américains ont "frappé" et "sauté sur les pieds nus" des prisonniers, "utilisé des chiens sans muselière pour faire peur aux détenus", "sodomisé un détenu", "menacé les détenus masculins de viol", etc... "Entre octobre et décembre 2003, à la prison d'Abou Gharib, de nombreux sévices sadiques, flagrants et gratuits ont été infligés à plusieurs détenus. Ces sévices systématiques et illégaux sur des détenus ont été commis de manière intentionnelle par plusieurs membres de la police militaire" américaine, écrit le général Antonio Taguba, rédacteur de ce rapport long de 53 pages et étiqueté "Secret/pas de diffusion à des étrangers". Le général Taguba suggère que les sévices ont été commis sur les conseils des services de renseignement militaires. La générale de réserve Janis Karpinski, chargée de la gestion du système pénitentiaire militaire américain en Irak et qui a été suspendue de ses fonctions, a également accusé le renseignement militaire.
(AP/AFP) Falsification de certificats de décès pour couvrir des assassinats, dissimulation de preuves de mauvais traitement, voire participation active à ceux-ci, non-dénonciation des sévices: certains médecins militaires américains ont gravement violé l'éthique médicale à la prison d'Abou Ghraib en Irak, mais aussi en Afghanistan et à Guantanamo, selon une étude publiée le 21 Août dans la prestigieuse revue médicale "The Lancet". L'étude menée par le professeur Steven Miles, de l'Université du Minnesota, est accablante. "Le système médical a collaboré à la mise au point et à la mise en ouvre des interrogatoires physiques et psychologiques. (...) Des membres du personnel médical examinaient les patients avant les interrogatoires, étaient présents pendant ceux-ci, et ont permis aux interrogateurs d'utiliser les informations médicales sur les prisonniers pour mettre au point des techniques d'interrogatoire". De plus, "des médecins ont de manière régulière signé des certificats de décès attribuant la mort à des crises cardiaques, des coups de chaleur ou des causes naturelles, sans noter la cause non naturelle" accuse le professeur. Certains médecins allaient jusqu'à mettre un goutte-à-goutte à un cadavre pour faire croire que le prisonnier était arrivé vivant à l'hôpital. Le professeur Miles cite le cas d'un détenu battu que des soldats ont attaché à la porte de sa cellule et bâillonné. Le certificat de décès indique une mort par cause naturelle dans son sommeil. L'affaire ayant fait l'objet d'une couverture médiatique, le Pentagone a par la suite changé la cause de la mort, qualifiée d'homicide par coups et blessures et suffocation. Un chirurgien a également certifié que le général irakien Mowhoush était mort de causes naturelles, après que les tortionnaires lui eurent mis la tête dans un sac de couchage et se furent assis sur sa poitrine. Six mois plus tard, le certificat de décès officiel publié par le Pentagone parlait "d'homicide par asphyxie". D'après un autre témoignage, le personnel médical a ranimé un détenu évanoui après avoir été battu, afin que les tortionaires puissent continuer l'interrogatoire. Par ailleurs, les médecins présents à Abou Grhaib ne fournissaient pas aux blessés les soins nécessaires. Un médecin a par exemple laissé un militaire sans formation médicale recoudre les lacérations causées par les coups sur un prisonnier. Pour le docteur Jay Lifton, de l'hôpital de Cambridge, qui dépend de l'université de Harvard, auteur d'un livre sur les médecins et la torture dans l'Allemagne nazie, cette étude constitue "une très bonne description, très détaillée, des violations de l'éthique médicale". A ses yeux, les médecins militaires mis en cause "ont fait un choix. Aucun médecin n'aurait été physiquement malmené ou tué s'il avait interrompu ces tortures. Cela aurait supposé un certain courage, mais ils avaient le choix". La publication de l'article est accompagnée d'un éditorial du "Lancet", qui condamne le comportement des médecins militaires, affirmant que, malgré leur double loyauté, ils sont d'abord des médecins et ensuite seulement des soldats.
(AP)
- Le
secrétaire américain à la
Défense, Donald Rumsfeld, a autorisé un
programme secret encourageant la coercition physique et
l'humiliation sexuelle des prisonniers pour obtenir des
renseignements sur la résistance irakienne, rapporte
le magazine "The New Yorker" qui cite comme sources
d'actuels et d'anciens responsables du renseignement
américain.Donald Rumsfeld a donné carte blanche aux soldats pour qu'ils tuent, capturent ou interrogent des cibles dans la "guerre contre le terrorisme". Il a reçu l'approbation de Condoleeza Rice, la conseillère à la sécurité nationale de George W. Bush, et le président américain a été informé de son existence, ont déclaré les responsables américain au journaliste du "New Yorker", Seymour Hersh. Selon le site "New Yorker", Donald Rumsfeld a décidé l'an dernier d'élargir à l'Irak une opération spéciale qui concernait au départ l'Afghanistan et les chefs d'al-Qaïda. Cette décision a également été approuvée par Paul Wolfowitz (le numéro deux du Pentagone) et par le chef de l'état-major interarmes Richard Myer. Selon une source proche des services de renseignement interrogé par le "New Yorker", la CIA a cessé de participer à ce programme spécial l'automne dernier à Abou Ghraïb: "Ils ont dit 'pas question. Nous avons approuvé le programme de base en Afghanistan - approuvé au départ pour les opérations contre les cibles terroristes de grande valeur - et maintenant vous voulez qu'on l'utilise pour les chauffeurs de taxi, les beaux-frères et les gens raflés dans la rue'", déclare un des responsables anonymes interviewés par le magazine. Le Pentagone dément avec force les informations contenues dans cet article. Les services du secrétaire aux armées. La département américain de la Défense a ainsi qualifié l'article de "saugrenu". "Aucun responsable du département de la Défense n'a approuvé de programme susceptible de mener à des abus tels que ceux dont témoignent les photos et vidéos vues récemment", assure Lawrence du Rita, porte-parole du Pentagone. Mais sur CBS, dans l'émission "Face The Nation", Carl Levin, sénateur démocrate du Michigan et membre de la commission sénatoriale des Forces armées qui a entendu Rumsfeld il y a dix jours dans le cadre de l'enquête sur les sévices, a jugé que l'article avait apporté un élément "très significatif" à étudier. John McCain, élu républicain de l'Arizona qui siège également au sein de la commission des Forces armées, a pour sa part estimé sur NBC que les soldats américains mis en cause dans l'affaire n'avaient certainement pas agi sans instruction. Ajoutant au trouble, Newsweek a publié dimanche un mémorandum daté du 25 janvier 2002 et signé de la main d'Alberto Gonzales, conseiller juridique de la Maison blanche. "La guerre contre le terrorisme est une nouvelle forme de guerre", explique-t-il. "A mon sens, ce nouveau paradigme rend obsolète les strictes limitations de la Convention de Genève sur l'interrogatoire des prisonniers ennemis."
(Reuters)
- L'Attorney
General (ministre de la justice) John Ashcroft a
refusé de livrer au Sénat les notes qui
détaillent la politique américaine en
matière de torture, en faisant valoir qu'elles
faisaient partie de ses conseils privés au
président. "Nous estimons que fournir ce genre
d'information affecterait la capacité de conseil au
sein de l'exécutif", a déclaré
Ashcroft.
Plusieurs
sénateurs américains avaient demandé
que soient publiées les copies de cesnotes obtenues
par des journaux et dans lesquelles le département
américain de la Justice justifie l'usage de la
torture dans les cas relatifs à la
sécurité nationale.
(AP)
- Dans
une étude datée du 6 mars 2003 adressée
à Donald Rumsfeld et révélée par
le "Wall Street Journal", des juristes des
départements de la Justice et de la Défense
estimaient qu'en cas de nécessité, le
président des Etats-Unis a autorité pour
autoriser légalement l'usage de la torture.Partant du principe que le président est le commandant en chef des armées, cela lui donne toute latitude pour mener la guerre, y compris pour l'interrogatoire des prisonniers. Face à cette autorité constitutionnelle, les textes, y compris les traités internationaux qui interdisent la torture, doivent donc être considérés comme inapplicables, affirment les juristes dans leur étude. Le deuxième argument, qualifié de nécessité, consiste à dire que le fait de frapper ou même tuer une personne pour en sauver au moins deux est justifié. Enfin, les juristes utilisent le concept d'autodéfense, affirmant que l'interrogatoire violent d'un prisonnier dont on pense qu'il dispose d'informations importantes sur une attaque terroriste est comparable au fait de tirer sur une personne qui vous tient en joue. Les arguments sont jugés peu convaincants, voire "absurdes" par le professeur Mary Ellen O'Connel, professeur de droit international à l'université d'Etat de l'Ohio. Mais le porte-parole du Pentagone, Lawrence Di Rita, les a présentés comme une analyse juridique, partie intégrante d'un débat interne à l'administration Bush sur les moyens d'obtenir des renseignements de la part de membres d'Al Qaida détenus aux Etats-Unis, dans le cadre d'un "traitement humain".
(AP) - L'administration Bush a "contourné" les Conventions de Genève en infligeant des sévices à des détenus irakiens de la prison d'Abou Ghraib, selon un rapport de l'organisation américaine de défense des droits de l'homme Human Rights Watch). Dans ce rapport de 38 pages intitulé "La route vers Abou Ghraib", l'organisation affirme que le gouvernement américain a délibérément autorisé des techniques illégales d'interrogatoires avant de les étouffer et d'ignorer les informations faisant état de sévices et de torture. L'organisation cite trois manières dont les méthodes de l'administration Bush ont rendu possibles les sévices à Abou Ghraib. D'abord, selon ce rapport, elle a adopté la position selon laquelle la guerre contre le terrorisme autorisait le contournement des lois internationales, et donc que l'usage de la torture n'était plus prohibé. Ensuite, l'armée américaine a utilisé des "méthodes coercitives" pour faire souffrir et humilier les détenus en vue de les préparer aux interrogatoires. Enfin, avant la publication des photographies montrant les sévices, l'administration Bush a ignoré les informations signalant des mauvais traitements infligés à des prisonniers en Afghanistan et en Irak.
(AP)
- Le
Comité international de la Croix-Rouge (CICR)
déclare avoir mis en garde les responsables
américains il y a déjà plus d'un an sur
les sévices infligés aux prisonniers en Irak.
"Nos découvertes ont été
discutées à différents moments entre
mars et novembre 2003, en face-à-face directs ou lors
d'interventions écrites", a précisé
Pierre Kraehenbuehl, directeur des opérations du
CICR. Certains de ces actes étaient "assimilables
à de la torture", et en claire violation des textes
internationaux, a-t-il ajouté au cours d'une
conférence de presse.Il ne s'agissait pas d'actes isolés, et les problèmes n'étaient pas limités à la seule prison d'Abou Ghraïb: "Nous avions affaire à un vaste schéma, pas à des actes individuels. C'était un schéma et un système". Il a également confirmé l'authenticité d'un rapport du CICR aux autorités américaines, publié le 7 Mai dans le "Wall Street Journal", mais a refusé d'en dire plus. Selon le journal, ce rapport décrit sur 24 pages certains des agissements à la prison d'Abou Ghraïb près de Bagdad: des prisonniers gardés sans vêtements aucun dans le noir total dans des cellules vides, des hommes obligés à parader en sous-vêtements féminins... Selon ce rapport, les forces de la coalition auraient également tiré sur des prisonniers désarmés depuis les miradors, tuant certains d'entre eux. A Bassorah enfin, le rapport fait état de l'arrestation de neuf hommes, si sévèrement battus que l'un d'entre eux en est mort. Les informations obtenues par le CICR "laissent penser que les mauvais traitements envers des prisonniers n'étaient pas des cas exceptionnels et pourraient être considérés comme une pratique tolérée" par les forces de la coalition.
(AFP) - L'ex-ministre des Droits de l'Homme en Irak affirme avoir alerté la coalition dès novembre 2003 au sujet des violations des droits de l'Homme en général et notamment dans les prisons. "En novembre, j'ai parlé de vive voix à (l'administrateur civil américain Paul) Bremer des violations des droits de l'Homme en général, et notamment dans les prisons, commises par les soldats américains à l'égard des citoyens irakiens. Mais je n'ai pas eu de réponse", a déclaré lundi à l'AFP Abdel Bassat Turki, dont la démission présentée le 8 avril a été acceptée dimanche.
(AP/AFP) - Le gouvernement britannique a été informé en février dernier de possibles abus commis par des troupes de la coalition sur la personne de prisonniers irakiens, ont fait savoir samedi les services du Premier ministre Tony Blair. Un porte-parole du 10 Downing Street a précisé que le gouvernement Blair avait eu connaissance d'un rapport intermédiaire du Comité international de la Croix-Rouge détaillant les sévices infligés par des militaires américains et britanniques. Le porte-parole a indiqué que ce rapport avait été communiqué au gouvernement britannique "afin que nous puissions le commenter et prendre des mesures". Amnesty International a pour sa part affirmé que Londres avait été alerté sur des "dérapages" graves dans les prisons en Irak depuis un an.
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A la suite du scandale déclenché par les sévices infligés à des prisonniers en Irak, le haut-commandement américain a annoncé avoir annulé une liste de techniques d'interrogatoire jusqu'ici utilisés dans ce pays. La liste des techniques annulées prévoit notamment la possibilité de modifier l'alimentation des détenus ou de les priver de nourriture, de les priver de sommeil pendant trois jours d'affilée, ou de les contraindre à prendre des positions stressantes et douloureuses pendant plus de 45 minutes. (AFP) Cette annulation est en soi une reconnaissance implicite que ces "techniques" étaient utilisées couramment par les Etats-Unis en Irak.
(AP) - Le Pentagone aurait refusé l'année dernière la proposition de l'armée d'envoyer un avocat militaire expérimenté pour conseiller les unités aujourd'hui accusées d'avoir infligé des sévices à des détenus irakiens dans la prison d'Abou Ghraïb, près de Bagdad, selon un document obtenu par l'agence Associated Press. L'avocat en question, Steve Buyer, qui se trouve être également un membre républicain du Congrès américain, estime avec d'autres spécialistes que la présence d'un expert aurait pu prévenir ou au moins atténuer les violences. Les responsables du Pentagone ont confirmé qu'aucun avocat ne se trouvait à Abou Ghraïb. Selon Steve Buyer, sa nomination avait tout d'abord été acceptée par les chefs d'état-major interarmes avant d'être rejetée par des responsables du personnel au Pentagone, qui ont affirmé que la mission serait remplie autrement.
(AP/Reuters)
- La
soldate Lynndie England, qui risque la cour martiale, est
cette jeune femme souriante que l'on voit sur plusieurs
photos aux côtés de prisonniers irakiens nus
subissant sévices et humiliations sexuelles. Dans une
interview accordée à la chaîne KCNC-TV
de Denver, elle affirme avoir agi sur instruction et contre
sa volonté lors de séances de pose pour des
photos destinées à exercer des pressions
psychologiques sur les détenus. A la question de
savoir qui avait donné ces ordres, elle se contente
de répondre: "des personnes dans ma chaîne de
commandement"."J'ai reçu l'instruction de personnes gradées de "me mettre debout là, tenir cette laisse, regarder l'appareil photo', et ils ont pris des photos pour les PsyOPs" (Opérations psychologiques), dit-elle. "Nous avions le sentiment de faire notre travail. Ce qui veut dire que l'on faisait ce qu'on nous demandait de faire et qu'ils obtenaient les résultats qu'ils souhaitaient". Selon elle, ses supérieurs se sont montrés ravis des photos, disant "vous vous en sortez très bien, continuez". "Je ne voulais vraiment pas être sur quelque photo que ce soit", affirme-t-elle, ajoutant qu'elle trouvait tout cela "plutôt bizarre". Quand on lui demande si des choses pires de ce qu'on voit sur les images se sont passées, elle répond que oui, mais refuse d'en dire plus, sur le conseil de son avocat. Inculpée et placée en détention sur la base de Fort Bragg en Caroline du Nord, Lynndie England est enceinte de quatre mois. Le père est un autre soldat américain, le caporal Graner, présent à ses cotés sur l'une des photos de "pyramides humaines".
(AP) - Le soldat Jeremy Sivits, qui prit des photos des sévices dans la prison d'Abou Ghraïb, sera le premier à comparaître en cour martiale à Bagdad. Il décrit les soldats rigolant et plaisantant alors qu'ils frappaient, déshabillaient et humiliaient sexuellement les détenus, selon ses déclarations rapportées par la presse américaine. Aux enquêteurs militaires, il a décrit par exemple un prisonnier blessé par balles et menotté à un lit, en train de supplier en hurlant, alors que le caporal de la police militaire Charles A. Graner, qu'il décrit comme l'un des chefs des tortionnaires, le frappait avec un bâton. "Certaines choses qu'on leur faisait faire me faisaient rire. D'autres choses me dégoûtaient", a-t-il déclaré en janvier. (Les transcriptions des déclarations de Sivits ont été fournies au "Washington Post" par l'avocat d'un des autres soldats impliqués). Selon Sivits, Graner s'amusait beaucoup à ces sévices, et a une fois frappé un détenu si violemment à la tête que ce dernier s'est évanoui. Quant au sergent Ivan Frederick, il forçat les détenus à se masturber, et semblait prendre plaisir à les regarder se faire frapper, ajoute Sivits dans ses déclarations. Quant au sergent Javal Davis, il s'est jeté sur une pyramide de détenus, puis "a marché sur leurs doigts ou orteils", les faisant hurler de douleur. Davis, dans un appel téléphonique à la chaîne ABC depuis le camp militaire à Bagdad où il est aux arrêts, a reconnu ces faits. Il affirme que s'il avait refusé de maltraiter les prisonniers, il "aurait alors désobéi à un ordre" venant des hommes du renseignement militaire (Military Intelligence). Sivits, qui coopère avec les enquêteurs et compte plaider coupable, risque des peines moins lourdes que ses collègues. Ses récits sont les plus détaillés parmi ceux des militaires mis en cause, et les avocats des autres soldats incriminés parlent de déclarations "fabriquées", et douteuses du seul fait qu'il a passé un accord avec les procureurs. Alors que les autres gardes affirment avoir agi sur ordre de leurs supérieurs ou des responsables du renseignement militaire, Sivits a affirmé que ces mauvais traitements n'étaient pas autorisés par la hiérarchie, qui n'était pas au courant.
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