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Environnement:
encore un mensonge de Bush

La Maison-Blanche travestit les faits. Vous pensez à l'Irak ? Cette fois, il s'agit de l'environnement. Selon un rapport de la Commission parlementaire sur la réforme de l'Etat, l'administration Bush falsifie systématiquement les données scientifiques pour servir ses orientations idéologiques et protéger les intérêts de ses amis politiques. Un article du New York Times publié par Courrier International.

 
Sur de nombreux sujets, parmi lesquels le réchauffement planétaire et l'éducation sexuelle, l'administration "a dénaturé la démarche scientifique et déformé ou supprimé des conclusions scientifiques", affirme le rapport. "L'ingérence politique de l'Etat dans la science s'est traduite par des déclarations trompeuses du président, des réponses inexactes au Congrès, des sites Internet trafiqués, des rapports d'agences censurés, des communications internationales erronées et des scientifiques bâillonnés", poursuivent les auteurs de ce document.

Le porte-parole de la Maison-Blanche, Scott McClelland, a réprouvé le rapport, prétendant que son commanditaire, M. Waxman, qui s'est déjà taillé une solide réputation avec son enquête agressive sur l'industrie du tabac, cherchait à marquer des points sur le terrain politique. "Le gouvernement étudie les faits et examine les recherches scientifiques les plus sérieuses pour déterminer ce qui est bon pour le peuple américain, soutient M. McClelland. Le seul qui détourne la science à des fins politiques est M. Waxman. Son rapport est truffé de distorsions, d'inexactitudes et d'omissions."

Parmi les vingt et un thèmes traités dans le rapport, quelques exemples ont d'ores et déjà été repris par les médias. Ainsi, la décision de l'Agence de protection de l'environnement, qui a choisi l'année dernière de supprimer tout un chapitre sur le réchauffement planétaire dans son rapport définitif sur l'état de l'environnement.

Les auteurs du rapport accusent les agences fédérales d'avoir porté préjudice à bien des égards à l'intégrité scientifique, particulièrement en nommant des fonctionnaires ou des représentants du secteur industriel sans aucune qualification dans des comités de consultation scientifique, en bloquant la publication de conclusions susceptibles de nuire aux intérêts industriels et en présentant des données mensongères pour défendre des décisions controversées. A propos de la réserve naturelle nationale de l'Arctique, le rapport accuse la ministre de l'Aménagement du territoire, Gale A. Norton, farouche partisane de la prospection pétrolière dans la région, d'avoir déformé devant le Congrès l'avis scientifique de son agence concernant l'impact des forages sur la population de caribous de l'Arctique. Elle a en effet assuré aux législateurs que la plupart des caribous allaient mettre bas en dehors de la réserve, alors que les chercheurs de ses services avaient indiqué le contraire.
 

Christopher Marquis

Article publié dans Courrier International du 21 Août 2003

Toujours à propos de Bush et la science, voir également l'article du Réseau Voltaire

 

 

Environnement:
Nous sommes des autruches !

Face aux changements climatiques qui menacent l'humanité, nous refusons de réagir rationnellement, constate George Monbiot l'éditorialiste du quotidien britanique The Gardian.

 
Nous vivons dans un monde onirique. Et notre rêve finira - il a déjà commencé - par détruire les conditions nécessaires au maintien de la vie humaine sur la Terre. Si nous étions gouvernés par la raison, nous serions aujourd'hui sur les barricades, occupés à extirper les chauffeurs de Range Rover et de Nissan Patrol [gros consommateurs d'essence] de leur siège et à faire fermer les centrales thermiques au charbon, nous sortirions Blair de sa retraite à la Barbade pour exiger un renversement des choix économiques aussi spectaculaire que celui que nous avions soutenu lors de notre entrée en guerre contre Hitler. Au lieu de quoi, nous pleurnichons sur la chaleur en feuilletant les pages Islande des catalogues des voyagistes. L'avenir s'est étalé sous nos yeux, mais nous refusons de le voir.

Nous ne pouvons bien entendu pas dire que les températures exceptionnelles qu'a connues l'Europe ce mois d'août sont un effet du réchauffement planétaire. Ce que nous pouvons dire, en revanche, c'est qu'elles correspondent aux prédictions des climatologues. Comme le rapportait le service météo le 10 août dernier : "Tous nos modèles indiquent que ce type d'événement est appelé à se reproduire plus souvent." En décembre déjà, il avait prédit que les changements climatiques feraient de 2003 l'année la plus chaude de mémoire d'homme. A la fin juillet, son centre de recherches annonçait que les hausses de température enregistrées sur chaque continent correspondaient aux effets prévus du réchauffement planétaire dû aux activités humaines, et démontrait qu'elles n'avaient rien à voir avec des phénomènes naturels comme les éruptions solaires ou l'activité volcanique. En juillet, l'Organisation météorologique mondiale (OMM) révélait que "l'élévation des températures au XXe siècle est sans doute la plus importante qui ait eu lieu depuis mille ans", alors que "depuis 1976 la tendance est près de trois fois plus marquée que sur tout le reste du siècle".

Si l'on en croit l'OMM, les changements climatiques expliqueraient non seulement les températures record en Europe et en Inde [où une sécheresse exceptionnelle a fait 1 500 morts ce printemps], mais aussi la fréquence des tornades aux Etats-Unis et l'ampleur des inondations récentes au Sri Lanka. Comme il fallait s'y attendre, certains persistent à nier que la planète se réchauffe et d'autres soutiennent que ce réchauffement trouve son origine dans des phénomènes naturels. Mais très peu d'entre eux sont des climatologues, et moins encore sont des climatologues qui ne sont pas financés par le secteur des combustibles fossiles. Dans les milieux professionnels, ils sont désormais à peine un peu plus crédibles que ceux qui réfutent tout lien entre la cigarette et le cancer du poumon. Pourtant, la tribune que leur offrent les médias ne correspond pas uniquement aux besoins de l'industrie automobile. Le fait est que nous avons envie de les croire, car nous aimerions réconcilier notre raison et nos rêves.

Les événements extrêmes auxquels le changement climatique semble avoir contribué reflètent une hausse moyenne de la température mondiale de 0,6 °C au cours du siècle dernier. Les climatologues s'accordent à penser que le mercure accusera une élévation comprise entre 1,4°C et 5,8°C d'ici à la fin du XXIe siècle. Soit une augmentation pouvant être dix fois plus importante que celle que nous avons enregistrée jusqu'à présent. Certains chercheurs, estimant que le réchauffement planétaire a été retardé par des poussières industrielles, dont les niveaux d'émission ont désormais diminué, pensent que la hausse maximale devrait plutôt s'établir entre 7°C et 10°C. L'enjeu, ce n'est pas la fin des vacances à Séville. C'est la fin des conditions qui permettent à la plupart des êtres humains de continuer à vivre sur la Terre.

Des bouleversements climatiques de cette ampleur dévasteront la productivité de la Terre. L'Australie a récemment publié des études indiquant que la quantité d'eau alimentant les fleuves diminuera quatre fois plus vite que les précipitations dans les régions arides. Ce phénomène, auquel il faut ajouter la fonte des glaciers, annonce la fin de l'agriculture irriguée. Les crues hivernales et l'évapotranspiration estivale auront les mêmes effets sur l'agriculture pluviale. Et, tout comme les cultures, les humains sécheront purement et simplement sur pied dans certaines des régions les plus chaudes du monde. D'une façon ou d'une autre, nous devons convaincre le rêveur qui est en nous d'admettre que la vie telle que nous la connaissons ne sera plus possible.

Nous traversons donc cette crise en somnolant. Pour nous réveiller, nous devons chambarder le siège de notre conscience, déboulonner notre profonde déraison et la remplacer par notre esprit rationnel et prédictif. En sommes-nous capables, ou bien sommes-nous destinés à avancer en somnambules vers notre extinction?
 

George Monbiot - The Gardian, Londres.

Article publié dans Courrier International du 21 Août 2003

 

 

THEMES ASSOCIES
 

Guerre secrète contre l'environnement

Après avoir refusé de signer les accords de Kyoto, autorisé les forages pétroliers dans une réserve naturelle d'Alaska et supprimé toutes les subventions à l'énergie solaire, Bush va livrer les séquoias géants à l'exploitation forestière.

 

Etat de la planète

Le point sur l'état de la planète, avec l'inventaire des dégâts causés par l'homme à l'environnement, et les premiers signes des réactions de l'écosystème.

 

Le message prémonitoire des Indiens d'Amérique

Le message des Indiens d'Amérique au sujet de la civilisation industrielle, destructrice de la nature comme des êtres humains...

 

Elections américaines 2000: un parfum de coup d'état

Pendant sa campagne électorale, Al Gore avait promis qu'il "travaillerait dans l'intérêt du peuple", et qu'il "s'attaquerait aux puissants". Pour lui barrer la route et favoriser "leur" candidat, George Bush Junior, les maitres du monde ont organisé ce qui ressemble fort à un coup d'état... Depuis l'élection de Bush, jamais les Etats-Unis n'ont été autant sous le contrôle des multinationales.

 

Guerre du Golfe 2

Les motivations et les conséquences d'une guerre globale dont l'enjeu dépassait largement l'Irak...

 

Brèves nouvelles de la planète

L'actualité au sujet de l'environnement: réchauffement climatique, déforestation, pollution, OGM, nouvelles énergies...